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Voir la version complète : La fin du groupe d'armées Centre (Minsk44)


Micke
27/01/2007, 20h31
Une page d'histoire pour mieux comprendre cette bataille complexe.



Opération Bagration : l’offensive soviétique de l’été 1944.




L’opération Bagration qui se déroula en Biélorussie pendant l’été 1944 sur le front de l’Est est peu connue du grand public. Dans la mémoire collective elle fut complètement éclipsée par le débarquement et la campagne de Normandie survenus en même temps.
Le 23 juin 1944, trois ans jour pour jour après Barbarossa, une tornade de feu s’abat à 5 heures du matin sur les positions allemandes du groupe d’armées Centre en Biélorussie. 10 600 pièces d’artillerie lourde et 2300 orgues de Staline déclenchent un barrage roulant sur les lignes lourdement fortifiées du général Busch.
L’offensive Bagration est lancée sur un front de 600 kms. Quatre fronts soviétiques y participent soient au total 138 divisions et 43 brigades de chars. En face 37 divisions d'infanterie et une seule division blindée. Ce fut la plus grande opération militaire lancée par le camp allié pendant la 2eme guerre mondiale. Avec 2.3 millions d’hommes, six fois plus d’artillerie et deux fois plus de tanks que pendant la bataille des Ardennes les Soviétiques infligèrent en quatre semaines aux troupes de l’Axe autant de pertes qu’à Stalingrad en cinq mois.
Le front de l’Est fut enfoncé. L’Armée rouge détruisit 3 armées allemandes et les effectifs de 30 divisions. La maîtrise de la blitzkrieg changea de main. Les Allemands reculèrent de 500 km et ne rétablirent un front cohérent que sur la Vistule à Varsovie. 350 000 hommes furent rayés des effectifs de la Wehrmacht. 31 généraux disparurent tués ou prisonniers. Les Soviétiques perdirent 765 000 hommes, un chiffre colossal. Cette offensive scella le destin de l’armée allemande sur le front de l’Est. Les Soviétiques récupérèrent les territoires perdus en 1941. A Yalta Staline exploita cette victoire sur un plan politique. Plusieurs pays d’Europe centrale basculèrent à ce moment dans l’orbite soviétique. La carte de l’Europe de la guerre froide se dessina pendant l’été 1944 comme une conséquence de cette offensive.


En juin 1944, la Wehrmacht occupe un énorme saillant en Biélorussie qu’elle aurait du évacuer depuis longtemps pour raccourcir le front. La position présente malgré tout l’intérêt de défendre l’accès à la Prusse orientale et de menacer les arrières de l’Armée Rouge au sud des marais du Pripet. Le secteur est calme depuis 1942 et n’est pas considéré comme menacé. La ceinture de fortifications, de champs de mines est impressionnante. Les villes du saillant doivent servir de brise-lames en cas d'attaque soviétique. Les garnisons qui les défendent ont interdiction absolue de reculer. 80% des forces blindées allemandes sont localisées en Ukraine où l’offensive d’été soviétique est attendue.
De vastes forêts, courts d’eau, marais et lacs au centre du dispositif allemand sont infestés de partisans. Les lignes de communication de la Wehrmacht sont systématiquement sabotées trois jours avant l’offensive par plus de 10 000 attentats sur les voies ferrées et les ponts. Sept divisions de sécurité allemandes sont engluées dans une guérilla atroce pour tenter de juguler les sabotages. Pire: du jamais vu sur le front de l'Est: le ciel appartient aux Soviétiques.
Très vite la bataille tourne au tragique. Vitebsk est défendue par le 53eme AK appartenant à la 3eme armée blindée qui n'a de blindée que le nom. Le 25 juin la ville est encerclée par une pince formée par les 43eme et 39eme armée soviétiques. Vitebsk est déclarée par Hitler « forteresse ». Quatre divisions soient la moitié de la 3eme armée y sont enfermées avec interdiction de reculer. Les quatre DI sont anéanties les unes après les autres. Le reste de la 3eme armée tente de gagner l'ouest par les chemins forestiers.
L'aile sud allemande est défendue par la 9eme armée avec treize divisions. Rokossovski marche avec cinquante divisions et treize unités de blindés sur Bobruisk pour établir la jonction avec Tchernakovski arrivant de Vitebsk. La 9eme armée repousse plusieurs assauts de trois armées soviétiques dépendant du 1er front de Biélorussie pendant toute la journée du 24 juin. Le 24 juin au soir 900 chars soviétiques et 200 canons lourds autopropulsés finissent par bousculer deux divisions et séparent les 9eme et 4eme armées. La 20eme panzer tirée des réserves n’arrive pas à rétablir la situation. Bobruisk est débordée par l'ouest avec le franchissement de la Bérézina par les Soviétiques. Les 35eme et 41eme corps allemands sont pris au piège. Bobruisk est vite indéfendable. 15 000 hommes seulement réussissent à s'extraire mais leur armement est totalement perdu. La « citadelle » capitule le 29 juin. Le feld-maréchal Model remplace Busch jugé trop mou.
Au milieu de ces désastres, la 4eme armée avec douze divisions tient un important noeud routier de l’autoroute Minsk-Moscou sur le Dnepr autour d’Orsha. Elle a l'ordre de rester sur place malgré les demandes réitérées de son chef Tippelskirch qui voudrait se replier derrière le Dnepr.
Le 24 juin la 11eme armée de la Garde percute de plein fouet la 78eme division d’assaut composée de troupes d’élite. Cette division largement dotée en artillerie et panzerfaust, retranchée dans un réseau fortifié très dense entouré de mines est expulsée de ses positions. Chaque division d’assaut soviétique avait été renforcée par des T34 démineurs, un régiment de chars lourds, un régiment d’artillerie lourde et un bataillon de génie d’assaut. La 2eme vague chargée de liquider les poches de résistance était dotée de compagnies munies de lance flammes et de régiments d’artillerie légère. Très vite les Soviétiques s’emparent du seul axe de communication est ouest : la route de Minsk. Orsha tombe le 26 juin au soir. Une nouvelle division allemande est capturée. Mohilev est évacuée de justesse.
La bataille se déplace sur la Bérézina avec Borissov comme point d'ancrage. La 5eme panzer, seule division blindée arrivant en renfort, largement dotée en chars Tigre et Panther écrase les Soviétiques sur l'autoroute de Moscou. Elle est rappelée sur Minsk pour colmater la brèche géante créée par la disparition de la 3eme armée. Tippelskirch avec deux corps d'armée arrive à se maintenir jusqu'au 30 juin sur la Bérézina mais Borisov et ses deux ponts finissent par succomber.
La 4eme armée est sauvée provisoirement par un pont de campagne installée à Bérézino Le carnage pour franchir la Bérézina est terrible. L'aviation soviétique plonge dans un mur de DCA pour tenter de détruire cet unique passage.
L'offensive soviétique vise loin et profond vers l'ouest. Le maréchal Model tente de combler une brèche de 350 kms en rameutant la 2eme armée et trois nouvelles divisions blindées. Les deux corps rescapés de la 4eme armée (12eme et 27eme) traversent les forêts les plus vastes d'Europe pour gagner l'ouest. La prise de Minsk le 3 juillet scelle le destin des rescapés de la 4eme armée qui finit par être encore plus détruite que ses 2 voisines. Dans la deuxième semaine de juillet la bataille se ralentit à l'ouest de Minsk. Les marécages et le lac Naroch freinent les Russes. Le front Centre connaît un répit. Peu après deux nouvelles offensives majeures sont lancées sur les ailes de la Baltique et de la mer Noire. C'est l'été des catastrophes pour la Wehrmacht.

Moïse
27/01/2007, 22h08
sympa michel pour cet éclairage. :sourire:

souricier-gris
28/01/2007, 09h42
oui c'est vrai ! impressionant surtotu pour les chiffres !!!

sval06
28/01/2007, 10h53
J'ai eu peur, je croyais que c'était un nouvel AAR pour notre partie :Rire: ...